Baisse de la concentration en spermatozoïdes dans les pays occidentaux

Le nombre moyen de spermatozoïdes des hommes dans les pays occidentaux a chuté de moitié en quarante ans, selon une étude publiée le 25 juillet 2017 qui s’inquiète des conséquences pour la fertilité masculine. De nombreux spécialistes s’interrogent de l’impact de notre environnement sur la fertilité masculine : stress, pollution, pesticides, ondes… jusqu’à présent sans pouvoir ni affirmer strictement qu’il y a une baisse de fertilité, ni que ces phénomènes puissent avoir un impact direct.

Une baisse significative 

Entre 1973 et 2011, la concentration en spermatozoïdes est passée en moyenne de 99 millions par millilitre de sperme à 47 millions, selon cette étude, publiée mardi dans la revue spécialisée Human Reproduction Update.

Plusieurs spécialistes appellent néanmoins à interpréter ces résultats avec prudence. Ce niveau reste en effet une fourchette « normale », fixée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) entre 15 millions et 200 millions de spermatozoïdes par millilitre. Et même une concentration inférieure à 15 millions n’est pas forcément synonyme d’infertilité.

Cette méta-analyse a passé en revue 185 études menées sur le sujet entre 1973 et 2011, portant sur 43.000 hommes en Amérique du Nord, en Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Les chercheurs n’ont en revanche pas trouvé de baisse significative en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique – des régions. Il est néanmoins difficile d’établir une réelle comparaison car beaucoup moins d’études ont été menées dans ces régions.

Un constat inquiétant mais controversé

Hormis son impact sur la fertilité, une quantité réduite de spermatozoïdes est aussi corrélée à d’autres problèmes de santé, qui pourraient être causés par des facteurs environnementaux comme l’exposition aux pesticides, le stress, le tabac ou encore un régime alimentaire déséquilibré. Plusieurs études depuis 1992 ont conclu à une baisse de la qualité du sperme. Mais elles ont beaucoup été critiquées, parce qu’elles portaient sur peu de personnes, qu’elles comparaient des analyses menées avec des techniques de laboratoire différentes, ou encore parce que les participants avaient été recrutés dans des services de médecine reproductive et n’étaient donc pas représentatifs de l’ensemble de la population.

Mais cette étude, dirigée par le Dr Hagai Levine, spécialiste de santé environnementale à Jérusalem, évite ces écueils, reconnaissent plusieurs commentateurs : elle a écarté les études dont les participants avaient été sélectionnés en raison de leurs problèmes de fertilité et n’a retenu que celles utilisant la technique de l’hémocytomètre, plus précise que les autres.

Reste que ce travail compare des analyses effectuées dans des pays et des laboratoires différents, souligne le Dr Martin Blomberg-Jensen, du Rigshospitalet (Danemark). La meilleure méthode pour confirmer une baisse du nombre de spermatozoïdes serait de suivre à long terme une cohorte d’hommes en bonne santé. Or une telle étude menée au Danemark entre 1996 et 2010 n’a pas abouti à ces conclusions, ajoute l’expert en fertilité masculine.

« Cet article représente une avancée pour clarifier les données » disponibles, mais « il reste beaucoup de travail » pour confirmer le phénomène et en déterminer les causes, avertit pour sa part Allan Pacey, professeur d’andrologie à l’université de Sheffield (Royaume-Uni).

 

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Sommes-nous trop nombreux sur Terre ?

Sommes-nous trop nombreux sur Terre est une question récurrente posée à la fois par le monde scientifique et le monde médiatique. Les ressources de la Terre étant limitées, tout comme sa capacité à produire durablement à cause de notre mode de vie et d’exploitation de ces dites ressources, l’explosion démographique est souvent montrée du doigt comme une problème. Mais qu’en est-il réellement ?

Une situation pas si nouvelle 

En 2017, la population mondiale a franchi le seuil de 7 milliards et demi. Elle devrait continuer à croître pour atteindre près de 10 milliards en 2050. Elle ne comptait qu’un milliard d’habitants en 1800 et a donc été multipliée par sept et demi. (voir la figure ci-dessous).

Démographie IMG 1Cette situation inédite dans l’histoire de l’humanité a de très nombreux effets de bords, comme par exemple la réduction drastique des territoires allouées aux espèces animales (voir l’article […]). Mais surtout, l’explosion démographique semble impossible à arrêter. Pourquoi devrait-elle se poursuivre ? La stabilisation est-elle envisageable à terme ? La décroissance tout de suite ne serait-elle pas préférable ?

Tout résulte d’un excédent des naissances sur les décès : il y a actuellement sur Terre près de trois fois plus de naissances que de décès. Cet excédent apparaît il y a deux siècles en Europe et en Amérique du Nord lorsque la mortalité commence à baisser dans ces régions, marquant les débuts de ce que les scientifiques appellent la transition démographique. Il s’étend ensuite au reste de la planète, lorsque les avancées de l’hygiène et de la médecine et les progrès socio-économiques atteignent les autres continents.

Une population africaine en pleine croissance

La croissance démographique a atteint un taux maximum de plus de 2 % par an il y a cinquante ans et a diminué de moitié depuis, pour atteindre 1,1 % en 2017 (voir la figure ci-dessous).

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Elle devrait continuer de baisser dans les prochaines décennies en raison de la diminution de la fécondité : 2,5 enfants en moyenne par femme aujourd’hui dans le monde, contre le double (cinq enfants) en 1950. Parmi les régions du monde dans lesquelles la fécondité est encore élevée (supérieure à trois enfants), on trouve en 2017 presque toute l’Afrique intertropicale et les régions allant de l’Afghanistan jusqu’au nord de l’Inde en passant par le Pakistan (voir la carte ci-dessous). C’est là que se situera l’essentiel de la croissance démographique mondiale à venir.Démographie IMG 3

L’un des grands changements à venir est le formidable accroissement de la population de l’Afrique qui, Afrique du Nord comprise, pourrait quadrupler d’ici un siècle, passant d’un milliard d’habitants en 2010 à probablement 2,5 milliards en 2050 et plus de 4 en 2100. Alors qu’un homme sur six vit aujourd’hui en Afrique, ce sera probablement plus d’un sur trois dans un siècle. L’accroissement devrait être particulièrement important en Afrique au sud du Sahara où la population pourrait passer d’un peu plus de 800 millions d’habitants en 2010 à 4 milliards en 2100.

À quoi s’attendre dans les décennies à venir

Les projections démographiques sont relativement sûres lorsqu’il s’agit d’annoncer l’effectif de la population à court terme ; c’est-à-dire pour un démographe, les dix, vingt ou trente prochaines années. La majorité des hommes et des femmes qui vivront en 2050 sont déjà nés, on connaît leur nombre et on peut estimer sans trop d’erreurs la part des humains d’aujourd’hui qui ne seront plus en vie. Concernant les nouveau-nés qui viendront s’ajouter, leur nombre peut également être estimé, car les femmes qui mettront au monde des enfants dans les 20 prochaines années sont déjà nées, on connaît leur effectif et on peut faire également une hypothèse sur leur nombre d’enfants, là aussi sans trop d’erreurs.

Il est illusoire de penser pouvoir agir sur le nombre des hommes à court terme. La diminution de la population n’est pas une option. Car comment l’obtenir ? Par une hausse de la mortalité ? Personne ne le souhaite. Par une émigration massive vers la planète Mars ? Irréaliste. Par une baisse drastique de la fécondité et son maintien à un niveau très inférieur au seuil de remplacement (2,1 enfants) pendant longtemps. C’est déjà ce qui se passe dans une grande partie du monde, les hommes ayant fait le choix d’avoir peu d’enfants tout en leur assurant une vie longue et de qualité.

Mais il n’en résulte pas immédiatement une diminution de population en raison de l’inertie démographique : même si la fécondité mondiale n’était que de 1,6 enfant par femme comme en Europe ou en Chine, la population continuerait d’augmenter pendant encore quelques décennies. Cette dernière comprend en effet encore beaucoup d’adultes en âge d’avoir des enfants, nés lorsque la fécondité était encore forte, ce qui entraîne un nombre élevé de naissances. Les personnes âgées ou très âgées sont en revanche peu nombreuses et le nombre de décès est faible.

La question de la baisse de la fécondité

Les démographes ont été surpris il y a quarante ans quand les enquêtes ont révélé que la fécondité avait commencé à baisser très rapidement dans beaucoup de pays d’Asie et d’Amérique latine dans les années 1960 et 1970. Ils ont dû notamment revoir sensiblement à la baisse leur projection démographique pour ces continents.

Une autre surprise, plus récente, est venue de l’Afrique intertropicale. On s’attendait à ce que sa fécondité baisse plus tardivement qu’en Asie et en Amérique latine, en relation avec son retard en matière de développement socio-économique. Mais on imaginait un simple décalage dans le temps, avec un rythme de baisse similaire aux autres régions du Sud une fois celle-ci engagée. C’est bien ce qui s’est passé en Afrique du Nord et en Afrique australe, mais pas en Afrique intertropicale où la baisse de la fécondité, bien qu’entamée aujourd’hui, s’y effectue plus lentement. D’où un relèvement des projections pour l’Afrique qui pourrait rassembler plus d’un habitant de la planète sur trois en 2100.

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La fécondité diminue bien en Afrique intertropicale, mais dans les milieux instruits et en villes plus que dans les campagnes où vit encore la majorité de la population. Si la baisse de la fécondité y est pour l’instant plus lente que celle observée il y a quelques décennies en Asie et en Amérique latine (voir la figure ci-contre), cela ne vient pas d’un refus de la contraception.

La plupart des familles rurales ne se sont certes pas encore converties au modèle à deux enfants, mais elles souhaitent avoir moins d’enfants et notamment plus espacés. Elles sont prêtes pour cela à utiliser la contraception mais ne bénéficient pas de services adaptés pour y arriver. Les programmes nationaux de limitation des naissances existent mais sont peu efficaces, manquent de moyens, et surtout souffrent d’un manque de motivation de leurs responsables et des personnels chargés de les mettre en œuvre sur le terrain. Beaucoup ne sont pas persuadés de l’intérêt de limiter les naissances y compris au plus haut niveau de l’État, même si ce n’est pas le discours officiel tenu aux organisations internationales.

C’est là une des différences avec l’Asie et l’Amérique latine des années 1960 et 1970 et l’un des obstacles à lever si l’on veut que la fécondité baisse plus rapidement en Afrique subsaharienne.

À long terme : l’explosion, l’implosion ou l’équilibre ?

Au-delà des cinquante prochaines années, l’avenir est en revanche plein d’interrogations, sans modèle sur lequel s’appuyer.

Celui de la transition démographique, qui a fait ses preuves pour les évolutions des deux derniers siècles, ne nous est plus guère utile pour le futur. L’une des grandes incertitudes porte sur la fécondité. Si la famille de très petite taille devient un modèle dominant de façon durable, avec une fécondité moyenne inférieure à deux enfants par femme, la population mondiale, après avoir atteint le niveau maximum de dix milliards d’habitants, diminuerait inexorablement.

Mais un autre scénario est possible dans lequel la fécondité remonterait dans les pays où elle est très basse pour se stabiliser à l’échelle mondiale au-dessus de deux enfants. La conséquence en serait une croissance ininterrompue, et à nouveau la disparition de l’espèce à terme, mais cette fois par surnombre. Si l’on ne se résout pas aux scénarios catastrophes de fin de l’humanité, par implosion ou explosion, il faut imaginer un scénario de retour à terme à l’équilibre.

Ce sont les modes de vie qui comptent

Les hommes doivent certes dès maintenant réfléchir à l’équilibre à trouver à long terme, mais l’urgence est le court terme, c’est-à-dire les prochaines décennies.

L’humanité n’échappera pas à un surcroît de 2 à 3 milliards d’habitants d’ici 2050, en raison de l’inertie démographique que nul ne peut empêcher. Il est possible d’agir en revanche sur les modes de vie, et ceci sans attendre, afin de les rendre plus respectueux de l’environnement et plus économes en ressources. La vraie question, celle dont dépend la survie de l’espèce humaine à terme, est finalement moins celle du nombre que celle des modes de vie.

La sixième extinction de masse des animaux

La sixième extinction de masse des animaux serait-elle en train de se produire, dans l’indifférence la plus générale ? C’est en tout cas ce que suggère une nouvelle étude parue cette année par des scientifiques, qui rappellent que les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années.

Grâce aux données de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), qui constitue l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation de la biodiversité, les chercheurs ont pu faire une analyse sur la moitié des espèces de vertébrés connues. Ils ont examiné les évolutions des populations de 27 600 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres, réparties sur les cinq continents. Ils ont également passé à la loupe, plus spécifiquement, 177 espèces de mammifères, pour lesquels ils avaient des données sur l’aire de répartition entre 1900 et 2015.

Par le passé, de nombreux travaux de recherche s’étaient focalisé sur le déclin des espèces. Or, « L’accent mis sur l’extinction des espèces peut donner l’impression que la biodiversité terrestre n’est pas dramatiquement et immédiatement menacée, mais qu’elle entre juste lentement dans un épisode d’érosion majeur, que l’on pourra combattre plus tard », expliquent les auteurs. En effet, deux espèces disparaissent chaque année, ce qui paraît faible, surtout quand ces dernières sont peu connues ou peu répandues.

Cette nouvelle étude s’est donc particulièrement intéressée au déclin populations, c’est-à-dire des groupes d’animaux sur un territoire. Cet angle d’analyse s’est avéré particulièrement intéressant, en montrant l’ampleur du phénomène en cours. Par exemple, les espèces les plus communes enregistrent des reculs massifs de leurs effectifs « Or, la disparition des populations est un prélude à celle des espèces, préviennent les scientifiques. Une analyse détaillée du déclin des effectifs d’animaux rend le problème bien plus clair et inquiétant. »

En effet, « la réelle ampleur de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique ». Sur la question des populations animales, plus de 50% des animaux ont disparu en quarante ans. Près de 32 % des espèces déclinent en termes de population et d’étendue. Parmi toutes ces espèces en déclin, près de 30 % sont considérées comme communes, classées comme étant de « faible préoccupation ». En France, le chardonneret a, par exemple, enregistré une baisse de 40 % de ses effectifs depuis dix ans. « Qu’autant d’espèces communes voient leurs effectifs diminuer est un signe fort de la gravité de l’épisode d’extinction biologique actuel »

En 2016, la planète ne comptait que 7 000 guépards et 35 000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes sont passées de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont été décimées.

Tous les continents sont concernés par cette érosion spectaculaire de la biodiversité. Les zones les plus touchées, notamment pour les mammifères et les oiseaux, sont celles situées aux tropiques (Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est) car ce sont les plus riches en termes de faune. Mais les régions tempérées enregistrent des taux similaires voire plus élevés en valeur relative – c’est-à-dire comparé à la richesse de leur biodiversité.

Corollaire de la perte d’effectifs, la faune voit son territoire diminuer comme une peau de chagrin. Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, quasiment tous ont perdu au moins 30 % de leur aire de répartition historique depuis 1900 et 40 % en ont perdu plus de 80 %. Cas emblématique, le lion a longtemps régné sur la majeure partie de l’Afrique, du sud de l’Europe et du Moyen-Orient, jusqu’au nord-ouest de l’Inde ; on ne compte aujourd’hui qu’une poignée de populations dispersées en Afrique subsaharienne et une population dans la forêt de Gir, en Inde. Les populations d’orangs-outans de Bornéo (Indonésie) ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus.

Ces conclusions confirment celles du dernier rapport « Planète vivante », publié en octobre 2016 par le Fonds mondial pour la nature (WWF). Par ailleurs, selon l’UICN, 42 % des espèces d’invertébrés terrestres (papillons, vers de terre, etc.) et 25 % de celles d’invertébrés marins (comme les bivalves ou éponges) sont menacés d’extinction.

Selon les scientifiques, il ne reste que deux ou trois décennies au maximum pour agir. Il en va de la survie de la biodiversité mais également de l’humanité. « L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes ». La faune et la flore nous rendent en effet de nombreux services, qu’il s’agisse de la pollinisation, de l’amélioration de la productivité des terres, de l’assainissement de l’air et de l’eau ou du stockage du CO2.

Les causes de ces reculs sont connues : ils sont imputables, en premier lieu, à la perte et à la dégradation de l’habitat sous l’effet de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de l’urbanisation ou de l’extraction minière. Viennent ensuite la surexploitation des espèces (chasse, pêche, braconnage), la pollution, les espèces invasives, les maladies et, plus récemment, le changement climatique.