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La sixième extinction de masse des animaux

La sixième extinction de masse des animaux serait-elle en train de se produire, dans l’indifférence la plus générale ? C’est en tout cas ce que suggère une nouvelle étude parue cette année par des scientifiques, qui rappellent que les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années.

Grâce aux données de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), qui constitue l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation de la biodiversité, les chercheurs ont pu faire une analyse sur la moitié des espèces de vertébrés connues. Ils ont examiné les évolutions des populations de 27 600 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres, réparties sur les cinq continents. Ils ont également passé à la loupe, plus spécifiquement, 177 espèces de mammifères, pour lesquels ils avaient des données sur l’aire de répartition entre 1900 et 2015.

Par le passé, de nombreux travaux de recherche s’étaient focalisé sur le déclin des espèces. Or, « L’accent mis sur l’extinction des espèces peut donner l’impression que la biodiversité terrestre n’est pas dramatiquement et immédiatement menacée, mais qu’elle entre juste lentement dans un épisode d’érosion majeur, que l’on pourra combattre plus tard », expliquent les auteurs. En effet, deux espèces disparaissent chaque année, ce qui paraît faible, surtout quand ces dernières sont peu connues ou peu répandues.

Cette nouvelle étude s’est donc particulièrement intéressée au déclin populations, c’est-à-dire des groupes d’animaux sur un territoire. Cet angle d’analyse s’est avéré particulièrement intéressant, en montrant l’ampleur du phénomène en cours. Par exemple, les espèces les plus communes enregistrent des reculs massifs de leurs effectifs « Or, la disparition des populations est un prélude à celle des espèces, préviennent les scientifiques. Une analyse détaillée du déclin des effectifs d’animaux rend le problème bien plus clair et inquiétant. »

En effet, « la réelle ampleur de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique ». Sur la question des populations animales, plus de 50% des animaux ont disparu en quarante ans. Près de 32 % des espèces déclinent en termes de population et d’étendue. Parmi toutes ces espèces en déclin, près de 30 % sont considérées comme communes, classées comme étant de « faible préoccupation ». En France, le chardonneret a, par exemple, enregistré une baisse de 40 % de ses effectifs depuis dix ans. « Qu’autant d’espèces communes voient leurs effectifs diminuer est un signe fort de la gravité de l’épisode d’extinction biologique actuel »

En 2016, la planète ne comptait que 7 000 guépards et 35 000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes sont passées de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont été décimées.

Tous les continents sont concernés par cette érosion spectaculaire de la biodiversité. Les zones les plus touchées, notamment pour les mammifères et les oiseaux, sont celles situées aux tropiques (Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est) car ce sont les plus riches en termes de faune. Mais les régions tempérées enregistrent des taux similaires voire plus élevés en valeur relative – c’est-à-dire comparé à la richesse de leur biodiversité.

Corollaire de la perte d’effectifs, la faune voit son territoire diminuer comme une peau de chagrin. Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, quasiment tous ont perdu au moins 30 % de leur aire de répartition historique depuis 1900 et 40 % en ont perdu plus de 80 %. Cas emblématique, le lion a longtemps régné sur la majeure partie de l’Afrique, du sud de l’Europe et du Moyen-Orient, jusqu’au nord-ouest de l’Inde ; on ne compte aujourd’hui qu’une poignée de populations dispersées en Afrique subsaharienne et une population dans la forêt de Gir, en Inde. Les populations d’orangs-outans de Bornéo (Indonésie) ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus.

Ces conclusions confirment celles du dernier rapport « Planète vivante », publié en octobre 2016 par le Fonds mondial pour la nature (WWF). Par ailleurs, selon l’UICN, 42 % des espèces d’invertébrés terrestres (papillons, vers de terre, etc.) et 25 % de celles d’invertébrés marins (comme les bivalves ou éponges) sont menacés d’extinction.

Selon les scientifiques, il ne reste que deux ou trois décennies au maximum pour agir. Il en va de la survie de la biodiversité mais également de l’humanité. « L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes ». La faune et la flore nous rendent en effet de nombreux services, qu’il s’agisse de la pollinisation, de l’amélioration de la productivité des terres, de l’assainissement de l’air et de l’eau ou du stockage du CO2.

Les causes de ces reculs sont connues : ils sont imputables, en premier lieu, à la perte et à la dégradation de l’habitat sous l’effet de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de l’urbanisation ou de l’extraction minière. Viennent ensuite la surexploitation des espèces (chasse, pêche, braconnage), la pollution, les espèces invasives, les maladies et, plus récemment, le changement climatique.

2 réponses »

  1. Comme cette fable du colibri (pour rappel ce minuscule oiseau apportant sa becquée d’eau pour éteindre l’incendie d’une forêt), moi aussi j’essaie de faire ma part dans mon minuscule jardin où, à présent, depuis cinq ans la population de moineaux double chaque année…et plus encore. Des dix présents à mon arrivée ds mon nouveau logis ce sont aujourd’hui des centaines qui virevoltes dans un jardin de ville de plus en plus miraculeux. Ce commentaire pour dire qu’il est possible de rétablir une situation au premier regard catastrophique mais pas encore irréversible…, ce que le déclin du moineaux dans les villes semblaient pourtant définitivement scellé…mais apparemment pas dans le marbre!

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    • Bonjour André, merci pour votre commentaire très encourageant. La situation est alarmante, mais réversible. Chacun de nous, à notre niveau, pouvons avoir un impact comme vous avec votre jardin.

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